Lorsque nous arrivons enfin à sa hauteur, la voiture jaune commence à ralentir…

 

1

 

La vitre côté passager descend lentement, laissant échapper les basses d’un morceau de rap. Bren descend sa vitre prudemment. Je ne bouge pas d’un millimètre. Je suis aussi rigide qu’une statue, priant intérieurement pour que toute cette merde s’arrête.

L’image me revient désormais, limpide. Il s’agit du même gars que le fameux soir où Bren s’était fait passer pour Jay…

Pour couvrir le bruit des moteurs et de la musique, Bren hurle à travers la fenêtre.

-Brenan << LAISSE-LE PARTIR !! >>

En guise de réponse le type fait vrombir son moteur, faisant mine de démarrer. Il doit se sentir surpuissant à cet instant…

-Brenan << J’AI UN ARRANGEMENT AVEC TON PÈRE, SI TU LE TOUCHES T’AURAS DE GROS PROBLÈMES MEC !! TOUT ÇA C’EST ENTRE TON PÈRE ET MOI ! RENDS-MOI MON FRÈRE ! >>

De toute évidence, le type n’est pas assez intelligent pour comprendre la mise en garde de Bren, et son égo est bien trop développé pour nous faciliter la tâche !

 

2

 

Je ferme les yeux, inquiète de la suite des évènements. Rien dans tout ce merdier ne laisse présager un dénouement heureux…

-<< TU VEUX REVOIR TON FRANGIN ? GAGNE LA COURSE, MON POTE ! >>

Le mec remonte sa vitre et s’avance, dans un vrombissement brutal, jusqu’au feu qui s’apprête à passer au rouge.

-Ivy << Le laisse pas filer… Il faut qu’on sorte Jay de là… >>

-Brenan << Je compte pas le laisser embarquer mon frère dans son quartier… >>

Bren fixe tour à tour le feu et la voiture jaune. Il crispe ses mains sur le volant et fait jouer l’accélérateur. Je fixe à tour de rôle le feu, la route et Bren ! C’est reparti pour un tour…!

Je lui fais confiance, je sais qu’il peut gérer la situation. Il a déjà fait des courses, il va le neutraliser… Oui. Il va y arriver… Pour son frère. Pour sauver Jay…

-Brenan << Accroche-toi bien ça va être brutal. Personne ne m’a encore grillé à un départ. Il a déjà perdu… >>

 

3

 

Je n’écoute plus ses paroles. Mon coeur bat si fort qu’il va bondir hors de ma poitrine !

Dans l’habitacle, on n’entend plus que le vrombissement du moteur. Les mains de Bren serrent le volant. Je ne dis plus rien, je retiens ma respiration. Je ne veux pas le déconcentrer !

Tout à coup, je suis rejetée en arrière ! Je préfère fermer les yeux, comme dans les manèges ! La sensation est étrange, comme si on m’envoyait une décharge d’adrénaline et que mon corps vibrait de la tête au pied ! Je commence à comprendre pourquoi Bren aime ça !

Je vois défiler les lumières à toute allure ! Rapidement elles se transforment en longs filaments psychédéliques qui dansent autour de nous.

-Brenan << Tu vas pas aimer, ma belle… >>

Sa voix a regagné en assurance. Comme s’il était à nouveau dans son élément, en pleine maîtrise de la situation.

-Ivy << Quoi…? Qu’est-ce… >>

 

4

 

Le temps que je réagisse, il déboîte rapidement et vient se positionner derrière deux camions qui roulent en parallèle. Devant nous, un mince couloir. Derrière nous, la voiture jaune nous colle aux fesses !

-Ivy << BORDEL DE MERDE !! >>

Je m’accroche au siège pendant qu’il pénètre dans ce tout petit espace ! Je ferme les yeux.

 


 

Lorsque je parviens à rouvrir les yeux, je ne vois plus la voiture jaune.

-Ivy << Il est où ? Derrière ? >>

-Brenan << Oh ouais. Et maintenant ce p’tit con va me rendre mon frère. >>

Bren donne quelques coups d’oeil dans ses rétros comme pour s’assurer qu’il garde son avance. Et avant que je puisse articuler un mot il donne un grand coup de volant pour éviter une voiture. Il dérape dans un crissement de pneus insupportable !

-Brenan << La course est finie. >>

Silencieuse, je vois passer la voiture jaune. Son conducteur fait un signe de la main au 4x4 derrière lui.

 

5

 

-Ivy << Ca y est ils vont le relâcher ? >>

-Brenan << Attends… >>

Comment est-ce qu’il peut rester impassible comme ça ?! Dépitée, je regarde passer le 4x4 devant nous. La scène est surréaliste, on se croirait dans un film…

-Ivy << Bren mais fais quelque chose !! Tu vois bien qu’ils s’arrêtent pas !! >>

Je fulmine toute seule ! Si je pouvais je le pousserais dehors et je prendrais les commandes pour me lancer à leur poursuite. Mais Bren, lui, reste calme.

-Brenan << Patience… >>

Il a l’air sûr de lui. Quelque chose a changé dans son regard, il est confiant.

-Brenan << Il s’est engagé, il a donné sa parole. Il ne peut pas se parjurer devant ses hommes… >>

-Ivy << Oui, enfin… il t’a juste lancé un défi… Faire la course… C’est pas non plus… >>

La suite de ma phrase s’étouffe dans mes lèvres lorsque je réalise que le 4x4 vient de ralentir. La porte arrière s’ouvre et le corps de Jay est brutalement éjecté sur le trottoir !

-Ivy << JAY !! >>

 

6

 

Je vais pour ouvrir ma portière, complètement anéantie par l’horreur de la scène, mais Bren me retient fermement.

-Brenan << Reste dans la voiture. >>

Je le fixe un instant. Son calme et sa détermination ont raison de moi… J’ai du mal à réaliser tout ce qu’il vient de se passer. Je me sens sonnée. Je ne cesse de fixer Jay qui se tord de douleur sur le bitume. Je joins mes mains tremblantes contre mes lèvres. Je retiens ma respiration.

-Brenan << Je vais aller le chercher. Tu reste ici. Tu ne sors de la voiture sous aucun prétexte, c’est compris ? >>

Il sort du bolide après m’avoir lancé un dernier regard. Ma respiration est saccadée, mes yeux implorants. Lorsqu’il referme la porte, le calme m’envahit. Un calme complètement discordant avec ce qu’il se passe juste dehors.

Je le regarde courir vers son frère. Mon coeur se serre. Une boule se forme dans ma gorge et menace d’exploser…

-Ivy << C’est pas vrai… C’est pas vrai… >>

Tout en me répétant à moi-même que ça va aller, j’attends patiemment que les deux frères reviennent à la voiture. Bren passe une main autour de la taille de Jay et pose son bras sur ses épaules. Mon pauvre homme semble bien amoché… Le voir ainsi me tord les tripes.

 

7

 

Chaque seconde qui passe est un supplice. J’ai terriblement peur que ces types reviennent. Que tout ceci ne soit qu’un piège.

Après d’interminables minutes, ils arrivent enfin à ma hauteur. Je sors de la voiture comme un pantin de sa boîte, mais une fois debout mon corps semble vidé de toute énergie et je dois me tenir un instant à la portière pour reprendre mes esprits.

Jay garde la tête penchée vers le sol mais, pendant un bref instant, je croise son regard et il détourne les yeux. C’est un spectacle insupportable que de se sentir impuissante devant sa douleur. Si je pouvais je la lui prendrais pour ne plus le voir souffrir…

-Ivy << Mon dieu, Jay… Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi ils s’en sont pris à toi ? >>

-Jayden << Je suppose qu’ils ont pas aimé mon crochet du droit… >>

Il essai de sourire mais la douleur le fait grimacer.

-Jayden << Quand j’irai mieux… faudra qu’on ait une conversation toi et moi… Je t’avais demandé de rester avec Ken… >>

-Ivy << Ouais, eh ben tu apprendras que je fais rarement ce qu’on me demande si j’en ai pas envie ! >>

 

8

 

Il me regarde tendrement. Je lis une douce capitulation dans son regard mais je sens que je ne vais pas m’en sortir si facilement… Bren nous fixe un instant. Je ne saurais dire s’il est agacé ou moqueur.

-Brenan << Putain vous deux, vous faites bien la paire…! >>

J’avoue qu’entre son frère qui s’interpose dans ses embrouilles, et sa copine qui s’incruste de force dans sa caisse… Il a deux têtes brûlées à gérer ce soir… Et puis, je n’ai pas envie de partir dans une joute verbale de plus avec lui. Tout le monde a eu son compte pour ce soir…

-Brenan << On rentre chez moi. On va te soigner. Et par pitié… évitez de vous bécoter à côté de moi ! >>

Jay lâche un petit rire moqueur, ce qui ne manque pas de le faire grimacer.

-Brenan << Ivy, quand on l’aura installé dans la caisse tu vas monter et te faufiler comme tu peux sur ses genoux ! Jay, ça va aller ? >>

Bren gère la situation avec un calme olympien et une douce autorité. C’est assez déroutant… Mais rassurant à la fois.

-Jayden << Ouais… Je crois. >>

 

9

 

Non, j’ai trop peur de lui faire mal si je m’installe contre lui dans cet espace restreint.

-Ivy << Je vais rentrer autrement ! Je vais te faire mal comme ça ! >>

Je fais mine de me reculer mais Jay attrape ma main pour me retenir.

-Jayden << Non. Je veux que tu restes… S’il te plaît. >>

Je fond littéralement devant ses grands yeux implorants. Je le fixe un instant et je suis heureuse, peut-être égoïstement, de retrouver son contact, de respirer son odeur… C’est comme retrouver mon oxygène.

-Brenan << Bon on a pas toute la nuit ! Ivy, aide-moi à l’installer… >>

Je me précipite pour ouvrir la portière en grand.

-Brenan << T’as un loquet sur le côté pour baisser le siège. Appuie dessus. >>

Les mains tremblantes, je trouve difficilement le bouton et appuie dessus en manquant d’assurance. Le dossier s’abaisse brutalement avec un craquement bizarre. Je sens Bren se tendre derrière moi.

-Brenan << Wow ! Détend-toi avec ma caisse… >>

Je claque la portière et me retourne d’un bloc.

-Ivy << Je fais ce que je peux, ok ?! Si t'es pas content c'est pareil ! Et puis, qu’est-ce qu’on s’en branle de ta caisse là franchement Bren !! >>

 

10

 

Il lève les yeux au ciel comme si je l’agaçais profondément et me fait signe de lui laisser la place pour passer. Il s’avance et ouvre la portière pour venir allonger doucement son frère sur le siège passager. C’est étrange mais j’ai le sentiment que ces deux-là ont déjà vécu des moments semblables…

Jay pousse un faible gémissement lorsque son corps s’écrase sur le siège. Bren lui murmure quelque chose puis il s’adresse à moi.

-Brenan << Vas-y installe-toi comme tu peux… >>

Tant bien que mal je parviens à me caler entre Jay et la portière.

-Brenan << Ok, attention. Je ferme. >>

Bren ouvre ensuite la portière conducteur et jette quelques coups d’oeil autour de lui avant de se glisser dans l’habitacle et de démarrer.

 


 

Après une bonne demi-heure de trajet nous sommes arrivés à la villa.

 

11

 

La position que j’ai dû prendre pour ne pas gêner Jay commence à me faire mal au dos. Même si la conduite de Bren a été moins mouvementée qu’à l’aller…

Une fois la voiture garée dans l’allée, Bren sort en premier pour faire le tour du bolide et ouvrir notre portière. Il me regarde avec défi lorsque je le remercie de m’aider à sortir.

-Brenan << Ne t’y habitue pas. >>

-Ivy << Ne joue pas au dur, Bren… T’es loin d’être aussi méchant que tu veux le faire croire ! >>

-Brenan << Oh ? Est-ce que la princesse aurait changé d’avis sur moi…? >>

-Ivy << Ne rêve pas trop. >>

Il m’adresse un petit regard amusé avant de se pencher vers son frère.

-Brenan << Allez frérot, la promenade est finie ! >>

Jay se hisse hors de la voiture en lâchant un juron. Il s’appuie sur son frère qui l’emmène jusqu’à un transat qui borde la piscine.

-Brenan << Ivy, tu peux aller chercher ma trousse de secours ? >>

-Ivy << Euh… Oui ! >>

Ca me rappelle sensiblement un événement… Décidément les jumeaux ont les mêmes expressions…

-Brenan << Ok merci. Pendant c’temps j’appelle mes gars pour surveiller la villa ! >>

 

12

 

J’acquiesce d’un hochement de tête. De toute évidence Bren a des hommes à son service, ou alors des potes super serviables…

-Ivy << Euh, elle est où ta trousse ? >

-Brenan << Tu la trouveras dans ma chambre… Regarde dans la petite armoire près du lit. Tu euh… tu connais le chemin… >>

Il se racle la gorge en jetant un coup d’oeil à Jay dont la mâchoire se crispe. Oui je connais le chemin… et je n’en suis pas fière…

-Ivy << Euh… Ouais, j’y vais ! >>

Arrivée dans sa chambre, un sentiment étrange m’envahit… Cette pièce me renvoie à cette fameuse soirée… Je fixe le lit un instant et je me souviens de cette conversation étrange avec Bren… Je secoue la tête vivement et je souffle pour remettre mes idées en place ! La trousse… Cherche la trousse !

 

13

 

J’entends la voix de Bren, visiblement en pleine conversation, qui résonne jusque dans la chambre. J’ouvre un peu la porte-fenêtre pour mieux entendre ce qu’il dit. Il est au téléphone et fait les cents pas autour de la piscine, pendant que Jay est allongé sur le transat, le regard perdu sur la surface de l’eau turquoise.

-Brenan << Vous pouvez être là dans combien ?… Ok… Parfait. >>

Je me mets en quête de la trousse de secours. Voyons voir… Il m’a dit dans le meuble près du lit… Je me dirige vers la table de nuit et en l’ouvrant je trouve la fameuse trousse.

Alors que je m’apprête à franchir le seuil de la porte, j’entends les deux frères qui discutent. La conversation est relativement animée… Et moi je suis bien trop curieuse pour ne pas tendre l’oreille et écouter en me cachant dans l’ombre…!

Jay semble en vouloir à Bren de m’avoir entraînée dans la course, mais celui-ci fait des grands gestes en prétextant que je suis une tête de mule et que je ne lui ai pas laissé le choix.

Ils se rendent enfin compte de ma présence et laissent flotter un silence lorsque je m’avance pour donner la trousse de secours à Bren.

-Brenan << C’est bon, mes potes seront là d’ici cinq minutes… Ils vont monter la garde. >>

 

14

 

Il me prend la trousse des mains et me remercie d’un hochement de tête.

-Ivy << Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? >>

Bren fouille dans la trousse et en sort une bobine de bandages et des compresses. Il semble réfléchir un instant, puis ses yeux se posent sur moi.

-Brenan << Tu devrais rentrer chez toi. >>

Je me tourne vers Jay.

-Ivy << Tu veux que je rentre ? >>

-Brenan << Jay est pas en état de gérer tes interminables questions !! Tu le vois pas ?! >>

Je déteste cette façon qu’il a de me parler, comme si j’étais la pire des égoïstes !!

-Ivy << Bren ! Tu… >>

-Jayden << Iv… >>

C’est presque un gémissement que j’entends sortir de la bouche de Jay, étendu sur le transat à côté de nous. Ca me fait redescendre de mes grands chevaux vite fait ! Je me sens soudain coupable de lui infliger nos querelles.

-Jayden << Approche, princesse… >>

Je fronce les sourcils en m’adressant à Bren, puis je passe devant lui, en le bousculant un peu, avant de rejoindre Jay. Je m’accroupis à sa hauteur et je prends sa main dans la mienne. Le voir souffrir ainsi me fait trop de peine.

 

15

 

-Jayden << Il faut que tu rentres chez toi, maintenant… >>

Je le regarde, incrédule et blessée en même temps… Encore une fois, il m’éloigne de lui, de son frère, de leur relation, de son monde… Il sent mon trouble et passe sa main le long de ma joue. Instinctivement je me penche vers lui.

-Jayden << Tu vas rentrer… ça va aller… c’est pas la première fois que je me fais arranger le portrait, ma belle… Ce dont j’ai besoin là, c’est de te savoir en sécurité chez toi. >>

Ces paroles ne parviennent pas à me rassurer. Une larme roule le long de ma joue et tombe sur son tee-shirt.

-Jayden << Je sais que tu m’en veux, en ce moment… Mais fais-moi confiance… ça va aller… >>

-Ivy << Je t’en veux pas tu sais… mais j’ai tellement peur pour toi… J’ai vraiment flipper ce soir… >>

Sa mâchoire se crispe.

-Jayden << Tout va bien maintenant… Je suis là… >>

Je détourne mes yeux des siens et je fixe l’eau de la piscine. C’est la seule chose qui me semble paisible au milieu de cette nuit complètement dingue.

-Jayden << Bren ? >>

-Brenan << Ouais ? >>

 

16

 

-Jayden << Ramène-la. >>

Remonter dans cet engin de malheur avec Bren est loin de m’enchanter… Mais Jay a besoin de repos et, même si j’ai envie de régler mes comptes avec son frère, je vais prendre sur moi. D'ailleurs ce dernier semble aussi enchanté que moi par la demande de Jay.

Je fixe Jay un instant, le coeur battant. J’aimerais tellement qu’il me garde à ses côtés cette nuit…

-Brenan << Jay… >>

-Jayden << J’veux pas qu’elle rentre seule ! Je veux être sûr qu’elle est en sécurité chez elle… >>

-Brenan << Ok frérot… Je suppose que je te ferai pas changer d’avis ! Je m’occupe de ramener ta meuf au bercail… >>

Bren ne cache pas son agacement et tend le nécessaire de soin à son frère. Ce dernier me regarde, désolé, avant de détourner les yeux, mal à l’aise.

-Ivy << Ok Jay, si c’est ce que tu veux… >>

Dégoûtée, je me lève sans un regard de plus pour lui, et je m’avance vers la voiture de Bren, les épaules basses et les poings serrés.

 


 

En partant, nous croisons un range rover blanc qui me semble familier. 

 

17

 

Bren s’arrête un instant à sa hauteur et baisse la fenêtre. Il échange quelques chose avec le conducteur et repart. Visiblement Jay est sous haute surveillance.

-Ivy << Pour quelqu’un qui ne fait, soi-disant, plus partie d’un gang, t’as des amis bien obéissants… >>

Il soupire en relevant sa vitre.

-Brenan << Tu peux pas comprendre. C’est comme une grande famille. On se soutient. >>

-Ivy << Ouais c’est ça… je peux pas comprendre… Toujours la même rengaine… >>

Vexée, je reste silencieuse, fixant le paysage qui défile cette fois beaucoup plus paisiblement. Les lumières des lampadaires se succèdent en un rythme régulier. Pas comme celui de mon coeur… Je suis en colère contre Bren. Je suis en colère contre Jay. Je suis en colère contre moi-même.

Pour briser le silence assourdissant qui règne dans la voiture, Bren se risque à mettre de la musique en fond sonore. Je fixe l’écran sur le tableau de bord sans vraiment le voir. Par automatisme.

-Brenan << Mets ce que tu veux… >>

-Ivy << J’m’en fous… Je veux rien, je veux juste rentrer chez moi… >>

Il inspire doucement, en me dévisageant une seconde. Je joins mes mains et je me triture les doigts, nerveusement. Une boule se forme dans ma gorge et les lumières sont de plus en plus troubles.

-Brenan << Ecoute… Je suis sincèrement désolé pour cette nuit… >>

 

18

 

Je sens qu’il s’est tourné vers moi. Ses yeux perçants m’observent et scrutent une réaction de ma part. Mais je suis fatiguée de me battre pour essayer de les aider son frère et lui. Fatiguée de m’acharner à briser les barrières invisibles qu’ils ont érigés pour se protéger.

-Brenan << Engueule-moi, défie-moi, frappe-moi, fais quelque chose ! Mais arrête de rester muette comme ça ! >>

-Ivy << T’es désolé ? >>

Il articule un oui presque timide.

-Ivy << Pff… Comme si c’était vrai… >>

-Brenan << Mais bordel !! Iv arrête ! >>

-Ivy << Et toi arrête de me gueuler dessus !! >>

Ma voix se casse. J’ai envie de pleurer mais je ne lui ferai pas ce plaisir ! Il jure et souffle bruyamment. Il semble reprendre ses esprits et son visage se radoucit.

-Brenan << Je suis sincèrement désolé. Que tu le crois ou non… >>

Je fixe nerveusement la route. Je ne sais plus ce que je crois…

-Brenan << Cette soirée a été rude pour moi aussi, ok ? J’ai eu peur pour mon frère. Et j’ai eu peur pour toi… >>

-Ivy << Pour moi…? >>

-Brenan << Mais qu’est-ce que tu crois…? >>

-Ivy << Après ce soir, franchement…? J’en sais rien… >>

 

19

 

-Brenan << Quand je t’ai vu dans les buissons, alors qu’il y avait encore ces types, j’ai eu la peur de ma vie parce que j’aurais pas été en mesure de te protéger ! >>

-Ivy << Wow !! Vous avez un sacré problème avec la protection, chez les Hudson ! Vous avez songé à suivre une thérapie ? >>

-Brenan << Merde… T’es épuisante… >>

-Ivy << Génial ! >>

Je tourne la tête vers ma fenêtre en soufflant.

-Ivy << C’est moi qui suis épuisante, c’est la meilleure… >>

Il m’énerve… Je ne supporte pas cette façon qu’il a de me rabaisser, comme si j’étais une gamine idiote.

-Ivy << Je vais être encore plus épuisante… Pourquoi on appelle pas la police, au juste ? Tu veux qu’on attende un avertissement de plus ? >>

Il esquisse un sourire en coin, en bougeant la tête de droite à gauche.

-Ivy << Tu peux arrêter de te foutre de moi ? Au moins pendant 5 minutes…? >>

-Brenan << Tu t’arrêtes jamais ? >>

-Ivy << Je viens de voir mon mec se faire tabasser, puis se faire embarquer dans un 4x4, et enfin se faire jeter sur le trottoir ! Ajouté à ça que j’ai failli laisser ma vie dans une bagnole lancée à 200km/h en pleine ville… Alors ouais, excuse-moi de vouloir comprendre…! >>

-Brenan << Il faut que tu comprennes un truc… Ces types-là appartiennent à des gangs et à des quartiers où personne ne veut mettre les pieds… La police est impuissante. Ils peuvent pas se ramener dans leur coin et brandir leur insigne. A moins d’être suicidaire… >>

 

20

 

-Ivy << Donc tu préfères risquer ta vie et celle de ton frère plutôt que de chercher de l’aide… >>

-Brenan << Je fais comme on a toujours fait avec Jay. On a jamais compté sur l’aide de personne. Parce que c’est comme ça. >>

-Ivy << On peut dire que ça vous a réussi !! >>

-Brenan << Comparé à d’autres, on s’en est bien sorti… >>

Il me jette un coup d’oeil, puis ses yeux se posent sur le volant. L’espace d’un instant j’y ai lu de la nostalgie.

-Brenan << Tu rentres pas dans un gang par plaisir et tu en sors pas facilement… Mais quand t’as pas d’autres repères que ceux de la rue et des coups, tu vois en eux une… famille. Ils t’apportent des moyens de te faire de l’argent, de survivre… Ils te font découvrir un monde accessible, facile… Sauf que, quand tu découvres le revers de la médaille il est déjà trop tard et c’est compliqué de les quitter…! >>

-Ivy << C’était qui le type dans le bolide jaune ? Un de ceux qui voient pas ton départ d’un bon oeil ? >>

-Brenan << C’est ça… Il est jeune, il pense qu’il doit faire ses preuves, se faire un nom… Son père a compris qu’il avait tout intérêt à ce que ça se passe bien entre nous. Il sait que je suis au courant de beaucoup de choses et j’ai protégé nos arrières… Il me laissait partir, en échange de quoi je lui assurais mon silence sur leurs trafics… >>

Je reste silencieuse. Les choses se mettent enfin en place. Cette conversation me paraît aussi surréaliste que le reste de la soirée…

 

21

 

-Ivy << Jay aussi a un passé avec ce gang…? >>

-Brenan << J’ai toujours fait en sorte que Jay n’appartienne pas au gang… J’ai fait des rencontres qui me concernent et j’ai toujours veillé à le protéger. Mais on était très proches à l’époque. Rien ne pouvait se mettre entre nous. Il a été mêlé de près à tout ça parce qu’on fonctionnait comme ça, lui et moi. >>

-Ivy << Je suppose que les combats clandestins, les courses illégales, tout ça faisait partie du monde facile dont tu parlais ? >>

-Brenan << Ouais, c’est un peu ça… >>

Il me paraît tout à coup difficile de blâmer uniquement Bren… J’ai plutôt le sentiment d’avoir affaire à deux frères perdus qui se sont débrouillés comme ils ont pu pour s’en sortir. Et tout ça s’est retourné contre eux…

 


 

Lorsque nous arrivons devant mon immeuble, je sors de la voiture sans rien dire. Bren sort aussi, bien décidé à m’accompagner jusque chez moi. Il marche à ma suite jusqu’à la porte, je lui tourne le dos, pressée d’en finir…

 

22

 

-Ivy << Merci Bren. >>

Je lui ai dit ça sans me retourner… Soudain je sens ses larges mains se poser sur mes épaules. Je suis surprise par cette soudaine marque de tendresse venant de lui. Méfiante, je me défais de ses bras. Je me suis retournée pour lui faire face. Les larmes menacent à nouveau.

-Brenan << Ivy… >>

-Ivy << Pourquoi tu fais ça ? >>

-Brenan << Je… Je suis désolé… Je pensais… >>

Il est tout à coup hésitant, comme mal à l’aise… Sans doute que la tendresse ne fait pas non plus partie de son monde, ni de son vocabulaire.

-Brenan << C’est juste que tu ne peux pas toujours régler les problèmes des autres… Tu as aussi le droit de craquer, de cesser le combat… >>

Je voudrais répliquer quelque chose, mais c’est comme s’il avait lu en moi. La vérité de ses propos me désarme…

Doucement il m’attire contre lui. Mon corps se laisse aller. Je suis fatiguée de lutter. Pour la première fois, je sens de la douceur en lui, de la bienveillance…

 

23

 

Je pose ma tête contre son torse et je ferme les yeux en sanglotant. Il pose doucement sa main contre mes cheveux et les caresse.

-Brenan << Ca va aller… >>

Nous restons plusieurs minutes ainsi. Je pleure à chaudes larmes contre Bren qui continu d’étreindre mon corps frêle contre lui.

Quand je relève enfin mes yeux sur lui, je lis de la tristesse et de la douleur sur son visage.

-Ivy << Qu’est-ce que je peux faire, Bren… >>

Il prend doucement mes mains dans les siennes et plante ses yeux verts dans les miens.

-Brenan << Iv… Jay et moi on a un passé très compliqué… La vie nous a pas fait de cadeaux, on a appris rapidement qu’elle peut nous prendre les gens qu’on aime, beaucoup trop tôt. >>

Je sais qu’il parle de leurs parents et mon coeur se serre. Je le fixe en reniflant. Pour la première fois, il semble avoir tombé le masque.

-Brenan << On est brisés, abîmés… Malgré toute la volonté qu’on peut mettre, le passé nous rattrape toujours… Il y a d’anciennes histoires, de vieilles rancoeurs, des choses sales… >>

Il marque un temps d’arrêt. J’ai le coeur au bord des lèvres. Je ferme les yeux. A sa manière, il me livre une partie de lui.

 

24

 

-Brenan << Mon frère a cette farouche envie de s’en sortir. Il a toujours été celui qui croyait en la bonté humaine, quand moi je n’attendais plus rien des autres… C’est le plus fort de nous deux… >>

Il baisse les yeux. Je ne l’ai jamais vu ainsi. De l’homme téméraire et sans vergogne il ne reste que cet enfant écorché, qu’on a simplement envie de serrer dans ses bras.

-Ivy << Je suis désolée… >>

-Brenan << Ne le sois pas… C’est moi qui le suis. Ni lui ni moi n’avons le droit de te mettre en danger comme ce soir. >>

-Ivy << Je suis une grande fille. J’ai pris seule la décision de suivre Jay jusque chez toi et celle de me jeter dans ta voiture. >>

Il me fait un sourire taquin. Oui, il le sait, j’ai mon petit caractère…

-Brenan << Il faut que tu comprennes que Jay fait face à son passé… Il y a des choses si douloureuses qu’elles doivent rester dans l’ombre. Parce qu’elles le détruiraient si elles resurgissaient dans sa vie… >>

Ses paroles résonnent tellement en moi… Il y a des souvenirs si horribles que j’ai dû les tenir éloignés de moi, pendant toute ma courte existence, pour réussir à respirer à nouveau.

-Ivy << Je peux comprendre, oui… >>

-Brenan << Je suis désolé de t’avoir blessée… Je me doute que, toi aussi, tu as ton lot de casseroles… Je le sens… >>

Il se rapproche de moi et prend doucement mon visage dans sa large main. Il me fixe un instant et essuie une larme qui perle sur ma joue avec son pouce.

 

25

 

-Brenan << Mais nous… on en traîne un wagon plein… >>

Un instant, mes yeux se perdent dans les siens… Je ne sais pas si c’est l’adrénaline ou la douceur nouvelle qui émane de lui, mais j’ai envie de me blottir à nouveau contre lui… Ses yeux se posent sur mes lèvres, puis sa main caresse ma joue.

-Brenan << Tu es sans doute la chose la plus belle qui pouvait arriver à Jay… >>

Sa voix semble si mélancolique… Je ferme les yeux pendant qu’il dépose un baiser sur mon front.

-Ivy << Je voudrais tellement vous aider… Je sais que… on peut toujours s’en sortir… Il faut parfois du temps mais il ne faut jamais perdre espoir. >>

Il me regarde tendrement et soupir en lâchant mon visage. Son regard se perd un instant au loin.

-Brenan << Il y a bien quelque chose que tu peux faire… On va devoir disparaître un moment avec Jay… >>

Je me recule d’un pas, pas sûre d’avoir compris ce qu’il vient de dire. Ou alors pas sûre de vouloir l’entendre... Incrédule, j’attends qu’il poursuive, qu’il me dise que j’ai mal entendu, je sais pas !

 

26

 

-Brenan << Le temps que les choses se calment… On doit faire profil bas. Se faire oublier… >>

Mon coeur s’accélère et ma poitrine monte et descend bien trop vite à mon goût. Ils ne peuvent pas me faire ça !

-Ivy << Non ! Non, vous pouvez pas…! >>

Il s’avance et me fixe avec détermination.

-Brenan << Je sais que c’est dur, Iv… Mais on a pas le choix… Fais-moi confiance. >>

Je fixe le sol, complètement paniquée. Qu’est-ce que ça veut dire…? Est-ce qu’avec Jay c’est fini ? Est-ce que je vais le revoir un jour ? Seront-ils seulement en sécurité…?

-Ivy << Et pour le travail… la salle… Je veux dire Jay peut pas disparaître comme ça ! Y a des gens qui comptent sur lui ! >>

-Brenan << La salle, ça ira… Mais le travail… J’ai besoin de toi. J’ai besoin que tu le couvres… >>

Je reste interdite.

-Brenan << Que tu dises à votre responsable que Jay a dû gérer un problème familial d’urgence, quelque chose comme ça… >>

-Ivy << Quoi ?! Mais je peux pas faire un truc pareil ! >>

-Brenan << Ivy… Pour l’instant c’est la meilleure chose à faire pour nous aider. >>

 

27

 

-Ivy << Je dois en parler avec Jay ! >>

-Brenan << Je vais devoir le préparer et lui expliquer que c’est le mieux. Fais-moi confiance, pour l’instant il faut que les choses se calment avec le gang. >>

Je n’aime pas ça… Mais Bren sait manifestement ce qu’il fait… A contrecoeur je me vois accepter de l’aider.

-Ivy << Ok… >>

-Brenan << Je sais que ce que je te demande est difficile… >>

-Ivy << Je n’ai pas vraiment le choix, n’est-ce pas ? >>

Il me regarde contrit. Puis il s’approche de moi et prend à nouveau ma tête entre ses mains.

-Brenan << Tu ne dois parler de tout ça à personne, d’accord ? >>

Je comprends, mais je ne sais pas si je serai capable de garder pour moi un tel secret. J’ai l’impression que c’est complètement irréel…

-Ivy << Je ne ferai rien qui pourrait vous mettre en danger… >>

-Brenan << Je sais. >>

Il s’éloigne un peu, prêt à me laisser.

-Ivy << Comment je saurai que tout va bien pour vous ? >>

Il marche lentement à reculons sans cesser de me regarder.

 

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-Brenan << On ira bien, princesse. On s’en sort toujours ! >>

Il me fait un clin d’oeil puis disparaît dans son bolide.

 


 

Lorsque j’arrive à l’appartement, j’ai sans doute l’air aussi fraîche qu’une revenante. Yoogi m’accueille gaiement, comme à son habitude. Mais il est tellement brute qu’il manque de me faire tomber !

-Ivy << Yoggi !! Doucement !! Fais attention, enfin ! >>

Devant sa mine déconfite je culpabilise immédiatement de l’engueuler et je m’agenouille à sa hauteur.

-Ivy << Oh désolée, mon gros, je voulais pas… >>

 

29

 

Il colle sa truffe froide contre ma joue et pose ses deux pattes sur mes épaules. Rapidement les larmes montent et j’éclate en sanglots. Je me colle à mon chien et j’enfuis ma tête dans ses poils tout chauds. Il ne bouge pas, bien conscient que j’ai besoin de lui. Je me sens désemparée et impuissante. Je ne sais plus quoi faire pour que les choses reviennent à la normale. Je ne sais plus quoi penser. Où est-ce que tout ça va me mener, au juste ?

Mais Jay me plaît tellement… Je tiens tellement à lui que je ne peux pas me résoudre à arrêter là notre histoire. Tout allait si bien entre nous, tout était si parfait. Je pleure de plus belle en repensant à notre week-end, à tous ces moments partagés…

Tout à coup, mon téléphone sonne. Je prends l’appel en espérant que ce soit Jay…

-<< Hey !! T’es où ?! >>

Je reconnais la voix enjouée de Willa. Il y a de l’animation derrière elle, comme si elle était dans la rue, au milieu d’une foule.

 

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-Ivy << Je suis chez moi… >>

-Willa << Chez toi ?! Mais vous êtes pas au concert de Ken ?! >>

-Ivy << Non… >>

-Willa << Ah mince… Je vous avais rejoints… Mon dernier rencard était un espèce de gros naze… J’te raconterai !! Bon… Je suppose que vous avez préféré rentrer Jay et toi pour avoir un peu d’intimité, petits coquins… >>

La simple évocation de Jay me fait éclater en sanglots.

-Willa << Iv… Tu pleures…? Qu’est-ce qu’il y a ? >>

-Ivy << Je… Je peux pas… >>

-Willa << Tu bouges pas ! J’arrive !! >>

-Ivy << Non… ça va… >>

-Willa << C’est ça oui ! Ma meilleure amie est en pleurs au téléphone, alors qu’elle devrait s’éclater avec son mec, et je vais la laisser comme ça ! >>

Je renifle en fixant Yoogi.

-Willa << J’arrive. >>

Elle raccroche et je sens les larmes recommencer à couler…

Après un bon moment à rester immobile, je décide d’appeler Jay… J’ai besoin d’entendre sa voix, de lui parler… Je laisse passer plusieurs interminables secondes mais personne ne répond. Je lui envoie un texto pour savoir s’il va bien.

 

31

 

Je n’arrive pas à me convaincre qu’il va disparaître comme ça, après cette nuit complètement folle… J’ai l’impression que je ne vais pas avoir la force de le supporter.

Quelques minutes plus tard, mon téléphone vibre. Un message de Jay « Je suis calé au pieux comme un petit vieux… Tu me manques… On se voit demain ? » Manifestement Bren ne lui a pas encore dit qu’ils vont devoir partir… Je ne peux pas rester comme ça. Je cherche son numéro pour en parler avec lui mais on frappe à la porte.

Lorsque Willa entre, je la regarde tristement, les bras croisés et les mains sur mes épaules tremblotantes.

-Willa << Ivy… >>

Je la fixe en lâchant mes bras le long de mon corps et en grimaçant de tristesse. Elle s’avance rapidement pour me prendre dans ses bras, je me laisse aller contre elle.

-Willa << Qu’est-ce qui se passe ma puce…? >>

Je pleure tellement que je n’arrive plus à parler.

-Willa << Calme-toi… calme-toi… ça va aller… >>

Sa présence et sa voix rassurante calment peu à peu les spasmes qui secouent ma poitrine.

-Willa << Respire doucement… >>

 

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-Willa << Bon… Tu me dis ce qu’il se passe ? >>

-Ivy << C’est Jay… Il est… en danger… Il va partir… >>

-Willa << Hein ?! De quoi tu parles, Ivy…? >>

Je pleure de plus belle. Je n’arrive pas à calmer cette angoisse qui comprime ma poitrine et m’empêche de respirer pleinement.

-Willa << Attends… Tu vas t’asseoir, te calmer… Et on va reprendre du début, d’accord ? >>

Je lui fais un signe de tête et elle m’aide à m’installer sur le sofa.

-Willa << Vous deviez aller au concert de Ken… >>

-Ivy << Oui, on y était… Jay m’a rejoint, il allait bien… Et puis… il a reçu un appel… Il s’est complètement fermé… Il a dit qu’il devait partir voir Bren… tout de suite… >>

-Willa << Encore ce mec ?! Bordel, mais c’est une plaie ! >>

-Ivy << C’est bien plus compliqué que ce que je pensais entre eux deux… >>

-Willa << Comment ça…? >>

-Ivy << Lorsque je suis arrivée chez Bren… Il y avait ces types… Ils ont tabassé Jay… Et… >>

J’inspire bruyamment en repensant à l’horreur de voir Jay se faire embarquer dans le 4x4 par ces brutes.

 

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-Willa << Vas-y doucement… >>

-Ivy << Et… ils l’ont embarqué dans un 4x4… >>

Le regard de Willa est bienveillant.

-Ivy << On est parti à leur poursuite avec Bren… C’était horrible ! J’ai eu tellement peur pour Jay… >>

-Willa << Ma pauvre… >>

-Ivy << Bren a réussi à les rejoindre… Il a parlé avec un des gars… >>

Je passe la main sur mon visage, j’ai du mal à réaliser que tout ce que je raconte s’est réellement produit.

-Ivy << Et ils ont balancé Jay sur le trottoir ! >>

Elle me regarde, choquée.

-Ivy << Comme ça, comme un tas de chiffons ! Tu te rends compte !! >>

J’explose en larmes !

-Willa << Mon dieu… >>

-Ivy << Bren l’a ramené à la voiture… Jay pouvait à peine marcher et parler. >>

-Willa << Mais… Vous avez appelé la police…? >>

-Ivy << Non… >>

Elle reste interdite. Je lui en ai trop dit, je ne peux pas revenir en arrière.

 

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-Ivy << Bren m’a fait comprendre qu’il y a des choses dans leur passé à tous les deux, des choses qui les mettent encore en danger aujourd’hui, malgré leurs efforts pour en sortir. Ces types appartiennent à un gang dont Bren a fait partie dans le passé, et même la police ne peut rien contre eux… >>

-Willa << Et qu’est-ce que vous avez fait alors ? >>

-Ivy << On est rentré chez Bren. Il a appelé des potes à lui pour monter la garde et veiller sur Jay. Et puis il m’a raccompagnée. >>

-Willa << Dans quel état était Jay ? >>

-Ivy << Il a pris des coups mais il était conscient. Il arrivait péniblement à marcher mais il pouvait parler. >>

-Willa << Eh ben… ma pauvre… Je comprends mieux maintenant… >>

-Ivy << Et ce n’est pas tout… Je ne sais même pas si je vais le revoir un jour… >>

J’inspire lourdement pour contenir mes larmes et trouver la force de lui expliquer toute la suite… La nuit va être longue mais j’ai besoin de mon amie…

 


 

35

 

Willa est restée chez moi toute la nuit… Nous avons discuté de Jay et Bren jusqu’à 2 heures du matin. Puis Jay m’a appelée pour m’annoncer qu’ils devaient partir, son frère et lui, comme je le savais déjà… Nous avons discuté au moins une heure. Il m’a assuré que tout irait bien, qu’il me donnerait régulièrement des nouvelles. Il était tellement triste, tellement abattu… Il s’est excusé un nombre incalculable de fois. il s’en voulait terriblement… J’ai pleuré plusieurs fois au cours de notre conversation et il m’a semblé que lui aussi.

Willa a dû me retenir de repartir chez Bren. Au lieu de ça, elle m’a forcée à aller me coucher pour reprendre des forces. Je crois que j’ai réussi à m’endormir vers 5h30… Ce qui me fait à peu près 1h30 de sommeil au compteur... Pourtant je suis tellement sur les nerfs que je me suis réveillée facilement, comme si je ne m’étais pas vraiment endormie.

 

36

 

Willa se fait beaucoup de souci pour Jay et moi. Cette histoire l’a chamboulée… Pourtant, comme à son habitude, elle a été une amie en or et elle a passé son temps à me répéter que les choses allaient s’arranger. Mais j’ai beau tourner et retourner l'histoire dans ma tête… Je ne vois pas vers quelle issue on se dirige…

Lorsque j’arrive au travail, je marche en direction du bureau de Gaël, mais il est fermé. Willa m’a conseillé de lui parler de Jay tout de suite. Plus je ferai traîner, plus j’aurai l’air de cacher quelque chose… Déjà que lorsque je mens, on dirait que c’est marqué sur mon front...!

Quand j’arrive à mon bureau, mon coeur se serre de voir celui de Jay, toujours autant en désordre, mais sans lui. Une seule question tourne en boucle dans ma tête depuis que Bren m’a laissée en bas de chez moi : Combien de temps leur fuite va durer… ?

Pour la énième fois depuis que je me suis levée, je tente de penser à autre chose, mais sans succès… Je ne peux m’empêcher de penser que Jay va disparaître de ma vie… Comme si notre histoire était fichue d’avance.

Je lance machinalement les logiciels sur mon ordinateur mais je ne suis pas à ce que je fais. Comment est-ce que je peux arriver à me comporter normalement après ce qu’il s’est passé ? Je souffle. Je pense que personne ne le peut !

 

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Déjà dix e-mails à traiter… Franchement je ne vois même pas comment en traiter un de manière efficace… Si Vicky passe par là, elle va se régaler de m’humilier…

J’attrape un stylo que je mâchouille , les yeux fixés sur la ville qui s’éveille, à travers la fenêtre.

-Gaël << Bonjour Ivy ! >>

Je sursaute et j’en fais tomber mon stylo par terre ! Mon manager me regarde un instant puis se baisse pour ramasser mon bout de caoutchouc informe, jadis fonctionnel, et le poser sur mon bureau. Je me lève de ma chaise et il pose une main sur mon épaule. Elle est à la fois ferme et chaleureuse.

-Gaël << Tu vas bien ? Tu as l’air nerveuse… >>

-Ivy << Oui… Juste, j’ai passé une mauvaise nuit… >>

Il enlève sa main puis me fixe un instant.

-Gaël << Qui est le responsable ? >>

Mon coeur s’accélère, me redonnant tout à coup de l’éveil !

-Ivy << Oh personne ! Seulement moi et mes insomnies ! >>

Je raconte n’importe quoi ! Mon sang tambourine contre mes tempes. C’est le moment ou jamais de lui dire pour Jay…

-Ivy << Gaël, je voulais te parler de Jay… >>

Ses yeux bleus pénétrants me fixent avec malice…

 

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-Ivy << Il… euh… Il a une urgence à régler dans sa famille… Il a dû partir tôt ce matin. Il ne sera pas là pendant quelques temps. Il doit t’appeler dans la journée… >>

-Gaël << Oh. >>

Je déteste les Oh de Gaël. Ils me donnent toujours tout le loisir d’imaginer des milliards de possibilités. Je le fixe patiemment. Je ne dois pas paniquer…

-Gaël << J’espère que ce n’est rien de trop grave ? >>

Je suis soulagée qu’il le prenne ainsi. A vrai dire, sachant comment lui et Jay s’apprécient, je craignais une réaction plus virulente.

-Ivy << Tout ce que je sais c’est que sa famille a besoin de lui… >>

Mon manager me fixe, impassible.

-Gaël << Ok. Je vais prendre les dispositions nécessaires pour gérer son absence. Mais je vais sûrement te demander d’en faire un peu plus pendant quelques temps. >>

-Ivy << Oui, je comprends. >>

-Gaël << Tu vas devoir briefer un nouveau graphiste, en attendant son retour. Tout ça va te faire un peu plus de travail… >>

-Ivy << Un nouveau graphiste…? C’est vraiment nécessaire…? >>

Il s’avance légèrement. Son visage n’est qu’à quelques centimètres du mien.

 

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-Gaël << Ne t’inquiète pas. Je sais que tu tiens beaucoup à Jay… Mais je t’assure qu’il ne perdra pas sa place… >>

De toute évidence, il n’est pas dupe. Je sais qu’il se doute de quelque chose entre mon collègue et moi… Soudainement agacée par la tentative de Gaël pour me déstabiliser, je me recule un peu et le fixe avec assurance.

-Ivy << Ce n’est pas ça. Je peux assurer… Je peux former quelqu’un temporairement… Mais j’espère aussi un geste de ma direction pour motiver cet effort ! >>

Il me regarde agréablement surpris pas mon soudain aplomb. Il faut dire que je me surprends moi-même.

-Gaël << Bien sûr. Je verrai ça avec Mark. >

Il me fait un petit signe de la tête et quitte mon bureau.

Une fois seule, j’expire de soulagement. Aux dernières nouvelles, Jay va bien et Gaël n’a pas fait de scandale. Finalement, peut-être qu’il y a une mince chance pour que les choses s’arrangent. Malgré tout, mon coeur se serre et je dois rassembler toute la volonté du monde pour ne pas fondre en larmes…

 


 

Plus d’une semaine s’est écoulée et je n’ai plus reçu de nouvelles ! Ni de Jay, ni de Bren… Pas d’appels, pas de messages, pas de signaux de fumée ni de pigeons voyageurs, rien. Et si quelque chose leur était arrivé ? Jay ne me laisserait jamais sans nouvelles comme ça, ça ne colle pas… Si je n’ai pas de ses nouvelles, aujourd’hui ou demain, il faudra que je fasse quelque chose…

Je me souviens de ses paroles « Un jour j’ai peur de te blesser et, ce jour-là, tu me détesteras… ». Je suis tellement triste… Il n’y a rien de pire que d’être laissée dans le doute et l’inquiétude !

Nous sommes vendredi soir, je suis déjà en pyjama et je me suis installée sur mon canapé devant une émission de télé-réalité débile. Je crois que j’ai touché le fond.

 

40

 

Willa fait tous les efforts de la terre pour me sortir de ma déprime… Elle m’a proposé des dizaines de sorties différentes. Mais j’ai juste envie de rester seule. Même Yoogi commence à déprimer parce que nos sorties se résument le plus souvent à descendre marcher cinq minutes dans la rue, puis remonter.
Je suis au trente sixième dessous. Dès que je rentre du travail, je ne pense qu’à une chose : me mettre sous ma couette pour pleurer et me lamenter sur ma pitoyable existence…

Au boulot, le petit stagiaire que j’ai formé est gentil, plein de bonne volonté. On sent qu’il veut bien faire… Mais chaque jour il me rappelle qu’il n’a rien à voir avec Jay. Que personne n’a rien à voir avec LUI. Au-delà de sa présence physique, c’est mon Jay tout entier qui me manque. Ses blagues, son sourire espiègle, sa bouche magnifique, sa voix chaude et rassurante, ses bras, son odeur…

Je soupire. C’est évident… je suis en manque… Seigneur, ce mec m’obsède…! Agacée, je me lève et j’attrape mon ordinateur pour taper sur le moteur de recherche : Comment oublier un mec. Oui, je suis vraiment désespérée. Mais avouez que je ne suis pas la seule à avoir déjà demander un truc débile à Google…!

Le moteur de recherche m’affiche plusieurs résultats. Je clique sur : Comment oublier un garçon en trois points. Parfait ! C’est ce qu’il me faut.

 

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Comme si j’allais trouver le Graal, je lis avec attention : « Un, prenez vos distances ! »

-Ivy << Génial ! Un point de gagné, fastoche !! >>

Je poursuis en me demandant ce que je fous à lire ce truc. « Deux, essayez de ne pas le croiser. »

-Ivy << Ah Ah Ah ! >>

Rire nerveux… je précise.

Je ferme l’onglet rapidement en soufflant ! Non mais franchement… je m’attendais à quoi…? Je surfe encore un peu à la recherche de témoignages d’autres filles, mais je dois me rendre à l’évidence : essayer de l’oublier est une cause perdue ! Il m’avait prévenue en plus ! C’est ça le pire… Moi et ma satané habitude de craquer pour les mauvais garçons…! Le mot mauvais n’est pas là simplement pour faire sexy, c’est une mise en garde en fait !

Dépitée, je décide de me traîner jusqu’à mon lit… De toute façon, je n’ai rien de mieux à faire…

Alors que je vais pour éteindre la lumière, mon téléphone vibre sur la table du salon. Et si c’était Jay ?! Mon sang ne fait qu’un tour et je cours presque pour attraper mon portable ! Lorsque mes yeux se posent sur l’écran, je reçois une vive décharge dans le coeur. Je dois cligner des yeux plusieurs fois pour être sûre de ce que je lis. « Je suis en bas de chez toi. Jay. »

Un sourire se dessine sur mon visage. La perspective de le voir enfin efface toute ma mélancolie et la remplace par une joie indescriptible.

 

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J’enfile rapidement un sweat et je dévale les escaliers de ma résidence jusqu’à l’extérieur. A force de rester cloîtrée chez moi, je n’avais même pas remarqué qu’il pleuvait. J’aperçois la voiture de Bren garée au bord de la route. Ils sont enfin rentrés. Mais où est Jay…?

Lorsque je le vois enfin, mon coeur semble s’arrêter de battre. Son expression est indéchiffrable… Un faible sourire se dessine sur ses lèvres mais il y a quelque chose de sombre dans ses yeux.

Quand nos regards se croisent, je ne sais pas comment réagir. Je suis heureuse de le voir mais, en même temps, c’est comme si quelque chose s’était cassé entre nous.  Nous nous avançons lentement l’un vers l’autre, comme si nous étions chacun sur nos gardes, inquiets de ce que nous allons retrouver. Nous nous arrêtons à quelques centimètres et nous nous fixons étrangement. Mon regard est plein de questions, le sien est triste et contrit.

Je ne peux pas résister, j’ai besoin de le toucher, de voir qu’il va bien. Je pose ma main sur son torse.

-Ivy << Jay… Où étiez-vous ? Tu vas bien ? >>

Nous nous regardons, fixement. Malgré la pluie qui nous trempe jusqu’aux os, nous ne bougeons pas.

-Jayden << Je supportais plus d’être loin de toi… >>

 

43

 

Il m’a lâché ça dans un murmure. Le son de sa voix est éteint, à peine audible. La détresse qui émane de lui me brise le coeur.

-Ivy << Moi aussi… Tu m’as manqué… Ces derniers jours ont été horribles sans avoir de tes nouvelles… >>

Son visage se déforme. il serre les poings et secoue sa tête, les yeux fermés et les sourcils froncés.

-Jayden << Je suis vraiment désolé… Mais on est parti tellement vite que j’ai pas pensé à prendre le chargeur de mon téléphone… Et au bout de quelques jours, même si j’ai économisé au max pour toi, ben… >>

Il passe une main dans ses cheveux, comme à son habitude lorsqu’il est embarrassé.

-Ivy << Et Bren ? Il pouvait pas te prêter le sien…? >>

-Jayden << Si, mais… euh… >>

-Ivy << Il a fait la même erreur que toi. >>

-Jayden << Ouais. >>

Je le détaille sous la pluie. Il est toujours aussi beau… Mais, malgré nos retrouvailles, je le sens profondément triste. Soudain, le doute s’installe en moi…

 

44

 

-Ivy << Jay… Qu’est-ce qu’y a…? Tu veux me quitter, c’est ça ? >>

Tout à coup, ses yeux s’agrandissent et un O se forme sur sa bouche.

-Jayden << Non !! Jamais ! >>

Il approche doucement ses mains de mes joues trempées.

-Ivy << Je ne sais pas… Tu as l’air si triste… >>

Je fixe ses lèvres, tremblante. Le contact de ses mains sur ma peau agit comme une décharge électrique et se propage dans tout mon système nerveux.

-Jayden << Ma princesse… Tu es gelée… >>

Je reste là, à fixer son beau visage. Il m’a été enlevé trop longtemps pour que je détourne les yeux de lui. Il m’entraîne dans le hall de mon immeuble pour nous mettre à l’abri de l’averse.

Je ne bouge pas… Je veux juste rester ici, mon corps contre le sien.

-Jayden << Tu devrais remonter te mettre au chaud. >>

J’enroule mes bras autour de son cou.

-Ivy << A condition que tu viennes avec moi. >>

Ses yeux se perdent dans les miens. Un voile sombre les traverse un instant.

-Jayden << Si tu veux encore de moi… >>

-Ivy << Bien sûr que je veux encore de toi… >>

 

45

 

Ma voix est un murmure. Tout ce que je veux c’est être contre lui et le serrer toute la nuit dans mes bras.

-Ivy << J’ai tellement besoin de toi… >>

Il me dévisage et je détourne les yeux, tout à coup rougissante. Pourquoi est-ce qu’il est toujours si difficile de lui dévoiler mes sentiments…? Tout à coup, il me serre contre lui et prend mes lèvres avec une passion brutal, presque désespérée. Tout mon corps se relâche et mes peurs disparaissent. Il n’y a que la douceur de ses lèvres, la chaleur de sa peau et son souffle court qui caresse mon visage.

Je lui rends son baiser avec une ardeur dévorante. C’est comme si je retrouvais enfin l’oxygène qui m’avait tant manqué. Comme si je redevenais simplement la femme faite pour lui.

 

46

 

Je plonge mes mains dans ses cheveux et sans cesser la danse de sa langue autour de la mienne, il descend ses mains sur le bas de mes reins et me presse contre lui. Nos corps se veulent comme ils ne se sont jamais voulus…

Lorsqu’il retire ses lèvres, il me soutient un peu par la taille. Je suis pantelante. Puis il attrape ma main et m’entraîne à sa suite.

-Jayden << Viens. >>

Je le laisse m’entraîner dans les escaliers de l’immeuble. J’entend la voiture de Bren démarrer et s’éloigner dans les rues. La main de Jay me tient fermement alors que mon coeur bat comme celui d’une adolescente.

Lorsque nous arrivons à l’appartement, il referme la porte d’un coup de pied et m’entraîne rapidement dans ma chambre. Il me plaque contre le mur, attrape ma cuisse dans sa main et je sens son corps se tendre contre le mien, pendant qu’il laisse courir ses lèvres dans mon cou.

-Jayden << C’est ça que tu veux ? >>

-Ivy << C’est toi que je veux… >>

Il attrape mes mains et les plaquent au-dessus de ma tête pendant qu’il aspire mes lèvres avec une troublante brutalité, en se collant à moi. Il me rend complètement dingue.

 

47

 

Il soulève rapidement mon pull trempé pour le faire glisser au dessus de ma tête et le long de mes bras avant de le lâcher par terre. Je retire hâtivement mon bas de pyjama. Le désir ardent que je lis dans ses yeux achève de me rendre complètement fébrile. Je tire sur son gilet pour l’attirer contre moi.

-Ivy << J’ai froid maintenant… >>

Tu parles, je pourrais faire fondre la banquise…

Il attrape ma taille et me soulève jusqu’au lit tout en m’embrassant le cou. Son corps se colle contre le mien, me volant un gémissement. Je sens ses vêtements humides contre moi. Sans cesser de m’embrasser, il me fait basculer sur le matelas.

 

48

 

Je resserre mes cuisses autour de lui pour l’attirer encore plus contre moi. Il se redresse et enlève rapidement son gilet et son tee-shirt, dévoilant son corps toujours outrageusement sexy. Je retiens mon souffle en l’admirant… Un léger sourire s’étire sur ses lèvres. Il sait très bien l’effet qu’il me fait.
Il se penche ensuite au-dessus de moi, une main de chaque côté de ma taille. Son visage n’est qu’à quelques centimètre du mien, je sens son souffle chaud sur ma bouche. Ses yeux fixent mes lèvres tandis que ses hanches s’insinuent lentement entre mes cuisses.

-Ivy << Prends-moi… >>

 

49

 

Ses lèvres s’écrasent sur les miennes avec une douce pression pendant que sa main s’introduit dans ma petite culotte…

Intérieurement, je me dis qu’il est évident que c’est juste impossible d’oublier ce genre d’hommes. Lorsqu’ils sont entrés dans votre vie et qu’ils ont marqué votre peau, votre corps et votre âme, ils vous possèdent pour toujours…